Faut-il séparer l’homme politique moisi de la folle à chats bear à moustaches ?

Parce que le type là c’est vraiment un oxymoron à lui seul. C’est VRAIMENT un des mecs détestables du gouvernement actuel, et j’ai cité récemment alors qu’il s’émerveillait de l’arrivée de Musk au gouvernement de Trump (c’est dire !).

Mais donc c’est aussi un type qui vient de faire son coming-out, et qui présente son compagnon, ses chats, et en cela, a forcément un petit côté sympathique (nan mais oui quoi hein ??). Passons le fait que nous soyons dans une situation politique catastrophique, qu’il a une image dégueulasse, et que c’est sans doute un petit coup de com. Mais on sait bien que pour un mec de droite comme ça (parce qu’on ne va pas nous la faire centriste ou je ne sais quoi hein), ce n’est pas anodin, et cela reste à saluer (du bout des lèvres ^^ ) car il va se faire conspuer comme il se doit par des homophobes (et on partage au moins des ennemis communs.

Il est au bord du précipice mais il ne nous fait même pas un explicite « vivons cachés, vivons heureux » ou une fierté de la honte comme certains, même s’il explique qu’il est « normal »1. J’ai bien regardé et écouté pour voir si on ne pouvait pas le choper en flagrant délit d’homophobie plus ou moins internalisé, mais non c’est savamment dosé et l’alchimie fonctionne à la mole2 près.

Cela reste une engeance de la politique et un suppôt du Mal Incarné, mais purée il est si chou avec ses chatounets et son mari, on dirait môôôôôaaaaa !!! Hu hu hu.

Comme a dit un de mes contacts sur Insta que je plagie sans vergogne :

Les inverti.e.s donnent quelques conseils sur quoi faire des gays de droite, mais là-dessus je suis plutôt sur la séparation des genres je le reconnais. C’est-à-dire que les potes de droite, ça existe, et aussi le tonton qui vote RN, et les collègues aux idées de merde qu’on aime bien tout de même. Parfois bien sûr, cela fait carrément changer d’avis sur la personne, et on peut se séparer, mais souvent je prends cela comme une occasion de ramener au troupeau des brebis égarées. Et parfois, ça fonctionne quand on est sur des personnes peu polarisées, et simplement confuses.

J’ai d’ailleurs aussi parfois été remis sur un (bon) chemin, en tout cas un autre que celui sur lequel j’avais été conduit par un ensemble de réflexions, un cadre de références différents ou simplement par défaut (l’éducation, une certaine candeur…). Ma propre capacité à changer et évoluer, m’encourage à penser le processus possible pour mon prochain. ^^

En revanche sur le sujet des violences3 faites à quiconque, c’est assez clair, on ne sépare rien du tout. C’est poubelle. Et même si tout le monde a le droit à la rédemption, la réinsertion et la réhabilitation, c’est après un processus bien spécifique, parfois légal et de reconnaissance de ses torts, avec contrition et tout le tintouin, et qui n’est pas suspensif pour cause de notoriété, succès, talent, expertise etc.

  1. Eurk. ↩︎
  2. J’ai toujours eu un truc pour le merveilleux nombre d’Avogadro soit 6,022 140 76 × 1023 mol−1 ↩︎
  3. Je sais le sujet complexe, donc on ne juge pas, et on ne philosophe pas, sur quelques phrases jetées comme cela. ↩︎

Cœur de Poupée

Le Roncier, qui est un blogueur cher à mon cœur, a longtemps blogué et milité et journalisé sur la lutte contre le VIH, et parfois son propre VIH à lui. Après des années à vivre avec le virus et forcément s’imaginer tous les impacts liés à cela, tout en étant de plus en plus relax à ce sujet, il se découvre aujourd’hui des problèmes cardiaques. Entre inquiétude, ironie du sort et remobilisation, il écrit un magnifique article de mise à distance et d’emplafonnement non simulé (en oxymoron donc ^^ ).

Ces derniers temps, j’avais oublié que j’étais un assemblage miraculeux de cordes, de tuyaux et de sentiments trop puissants, et qu’on ne guérit jamais d’être en vie, parce que la machine est le fantôme. Tout petit vaisseau de rien du tout, qu’on amarre du mieux que possible à la lumière des autres, une merveille éphémère, monstrueuse et sensible, terriblement fragile. Je sais qu’il n’y aura pas d’autre corps, il n’y aura que celui-là, avec son hôte dompté, avec ses douleurs et son gras, avec ses bulles dans les ventricules.

Le fantôme dans la machine (Le Roncier)

Convergence des luttes et convergence des haines

Il y a quelques temps mes pérégrinations virtuelles mastodonesques1 m’ont amené vers le profil d’Elia J. Ayoub, puis son podcast « The Fire These Times« , et par sérendipité juste sur un épisode intitulé « This Arab is Queer ». Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais ça a aiguillonné ma curiosité. Hu hu hu.

J’ai ainsi pu écouter des coreligionnaires arabes et queer qui discutent notamment de l’ouvrage présenté par Elias Jahshan : This Arab is Queer.

C’est un regroupement de plusieurs textes qui avait aussi été présenté à l’IMA l’année dernière, et qui permet de découvrir des auteurs et autrices LGBT qui s’expriment véritablement sur leurs ressentis et leurs expériences « de première main ». Le podcast permet d’avoir un petit aperçu de cela, mais aussi d’avoir un discours très nuancé et plutôt sain, à mon avis. C’est à dire qu’on n’est pas du tout dans le fait de prôner l’occident comme seul havre pour les LGBT, ni à dire que c’est le rêve d’être pédé au Moyen-Orient, mais qu’il y a des nuances dans tout cela. L’homophobie est terrible à vivre dans les pays arabes, mais on y trouve aussi des évolutions et de l’optimisme, et il faut s’y battre pour que ça continue, et même en assumant des paradoxes moraux et religieux. Le racisme existe dans les pays occidentaux, mais c’est encore là qu’on y trouve un vrai espace de liberté, et qu’on améliore aussi la société dans bien des domaines. Oh que ça m’a fait du bien d’entendre cela.

Bref, j’ai trouvé ça assez salutaire par rapport à toutes les mises en boîte instantanées que je lis tous les jours. Les discours totalement symétriques et diamétralement opposés consistant à être : pour l’arrêt du massacre des gazaouis et donc propalestinien et donc antisémite, ou pour la défense d’Israël suite au 7 octobre et donc islamophobe et d’extrême droite.

Et de la même manière, j’ai vu fleurir des tas de mèmes et de blagues de droitards sur le fait que des associations queer revendiquent un soutien à la Palestine en mode « chickens for KFC » comme ci-dessous ou pire. Le pire étant sans doute quand Marianne reprend cela pour le traduire « Les dindes votent pour Noël » avec en plus une jolie métaphore homophobe bien sentie. ^^

Mais pourtant, on peut soutenir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, avant même de parler de droits LGBT, parce que là c’est juste ça quoi. Et pour autant, ça ne réfute absolument pas l’homophobie comme valeur cardinale de ces gens, mais juste on voudrait qu’on arrête de les massacrer sous un faux prétexte, juste parce qu’on aimerait bien s’en débarrasser une bonne fois pour toute pour annexer leur territoire. Et en face, l’acceptation de façade des LGBT ne tient pas une seconde, quand on voit la réalité des valeurs d’un gouvernement israélien d’extrême droite. Si en revanche Israël est bel et bien un pays assez tolérant des LGBT, c’est bien un ensemble de valeurs portées et défendues par des gens de gauche, les mêmes qui sont aussi contre la politique d’extermination et de colonisation de leur gouvernement.

Orphéus en a parlé récemment, et c’est ce qui m’a décidé à reprendre cet article. ^^ Je repensais à un article que j’avais écrit en 2006 en revenant de vacances en Israël (que j’ai adoré !), qui m’avait valu une sacrée volée de bois vert. Et le pire c’est que je ne démens pas ma maladresse ou même mes torts. Oh mais que j’en ai des torts et des défauts ! Mais on est presque vingt ans plus tard, et en réalité c’est juste exactement la même chose…

Et pourtant ça me titille, car oui l’antisionisme2 est aussi le repaire des antisémites, tout comme l’anti-mariage gay est celui des homophobes alors que la manif pour tous nous a seriné être très très acceptante et gay-friendly. Je sais donc que les discours un peu trop sophistes peuvent vraiment faire prendre des vessies pour des lanternes.

Et moi-même, je critique certains gays de droite qui ferment les yeux sur l’homophobie de leurs gouvernants, et ils pourraient me répondre que l’on peut séparer les choses comme je le fais pour la Palestine. ^^ Comparaison n’est pas raison, je sais. Et là c’est un peu gonflé comme raisonnement, et un vrai syllogisme au final. Mais j’essaie aussi de tester les limites de mon propre raisonnement, et de mon propre système de valeurs.

La convergence des luttes nous incite à essayer de dépasser certains clivages, et a essayé aussi de penser au-delà, ou bien c’est juste une intersection de velléités protéiformes jusqu’à un mouvement si singulier qu’il ne représente plus rien ni personne ? Mais la convergence des haines, on l’a vu parfaitement incarnée lorsque lors de la manif pour tous, en 2012, des représentants officiels des religions chrétiennes, juives et musulmanes s’étaient ligués au-delà de leurs propres inimitiés. Ils avaient défilé dans leur haine commune des LGBT, et on a même pu y voir un certain terreau optimiste de valeurs communes… Mein gott.

Pour finir, cette situation actuelle me paraît juste parfaitement illustrée par ce mème que j’ai posé en tête d’article. J’en parlais déjà en 2006, le truc est tellement imbriqué, avec de la haine des deux côtés, des exactions des deux côtés, des gens qui ont tort et raison des deux côtés, et depuis tant de temps, que revenir aux raisons pragmatiques et légales d’origine paraît illusoires. On s’en sortira donc autrement que par un simple exercice de raison, de droits ou de morale, et pas à l’aune du respect des droits LGBT même si c’est tentant pour certains (adeptes du pinkwashing). Mais je n’ai pas idée de comment… En tout cas je suis incapable de dire qui a le droit ou qui devrait. Il faut juste que les massacres s’arrêtent !

  1. Vous voyez que ce réseau social sert à quelque chose !! ^^ ↩︎
  2. J’en parle très directement et sans ambages dans mon post de 2006 et je réutiliserais pas la même phrase aujourd’hui car ce serait trop maladroit (ça l’était déjà) malgré la grande complexité et subtilité de cette notion qui est parfaitement bien documentée dans sa page Wikipédia. ↩︎

Iwak #22 – Camp

J’ai souri en voyant hier chez Estèf son anticipation grave du mot du jour1, alors que moi tout de suite je pense : GAY KITSCH CAMP2 ! Et le « camp », j’en ai entendu parler la première fois quand j’étais à Newcastle pour mes études en 1996. Je me souviens bien avoir vu cette expression (j’avais vu ça sur un flyer ou un petit livret au Tyneside Cinéma) et avoir eu du mal à la comprendre, et obtenir une explication de Brian à ce sujet3.

Le vocable fait aussi parti de notre langue, et il en a peut-être l’origine :

Le camp, terme anglais probablement tiré du français « se camper » (« prendre la pose »), est utilisé par les historiens de l’art et les critiques culturels pour décrire à la fois un style, une forme d’expression. L’esthétique camp joue sur l’exagération, le grotesque, la provocation et l’ironie et émerge comme une forme de sensibilité importante dans la culture des années 1960. Le style camp est aussi décrit comme un regard propre à la sous-culture gay masculine, et queer en général.

Page wikipédia pour Camp (style)

Et il se trouve qu’hier un de mes vidéastes préférés des Internets : *Very* Nasty Stories, aka Max, a sorti une superbe vidéo à propos du Camp et du Polari. C’est un créateur génial selon moi qui publie des vidéos très intéressantes, fouillées et documentées sur les films d’exploitation (de la série B, de l’horreur, du cul, des petits budgets mais aussi des trucs arty tout à fait cultes et au ton ou à la liberté totale) et leurs lectures queer plus ou moins crypto. Il y a beaucoup de choses à dire à ce sujet, et vraiment il excelle à vulgariser et donner des tas de codes sur ces sous-cultures.

Je vous laisse le découvrir dans la vidéo suivante sur ce passionnant sujet donc !

Et en plus, il est super mignon pour ne rien gâcher. La vidéo d’origine est bien sûr visible sur son post chez IG.

Le Polari c’est donc une sorte de Lingua Franca ou de Pidgin : Le polari (de l’italien : parlare, aussi orthographié palarie, palare ou parlary) est un argot ou un sociolecte parlé en Angleterre par des populations diverses généralement en marge de la société : hommes et femmes de spectacle, marins, homosexuels, etc. Et donc cela permettait d’échanger à mots codés et de se repérer. On retrouve finalement des stratégies différentes mais similaires aujourd’hui lorsqu’on détecte des signes plus ou moins subtils chez nos coreligionnaires (un pantalon aussi moule-burnes c’est pas un hétéro ça ma fille !!).

Ce qui est étonnant et qu’on pourrait aussi nous appliquer aujourd’hui, c’est que le Polari a été révélé au grand public lors d’une émission de la BBC dans les années 60 avec le grand succès de Round the Horne qui présentait un duo cryptopédale : Julian et Sandy (interprétés par Kenneth Williams et Hugh Paddick qui jouaient les folles hurlantes « camp »). Et dès lors que les expressions sont devenues « mainstream » (et que l’homosexualité a été dépénalisée), la langue est largement tombée en désuétude. Si vous voulez jeter un coup d’œil, voilà un dictionnaire. ^^

Cela me rappelle un peu la vague « Drag Queen » qui a commencé avec RuPaul Drag Race en 2009, je touitais tout seul à ce propos à l’époque, et je me moquais du recyclage du « Sachez Chanter » du tube de RuPaul de 1993 Supermodel (You Better Work)4.

A cette époque, et jusqu’en 2014 (la saison 6 a vraiment changé la donne), on était vraiment quelques furieuses à connaître et suivre les saisons. Et quand on croisait des congénères converties, on pouvait en parler et on était clairement incompréhensible pour les non-initiés. Après, la saison 6 et Bianca del Rio, à peu près tous les gays ont commencé à regarder en masse, et c’est presque devenu un langage queer commun, en plus de la réémergence des créatures dans les bars gays (car le tout premier mouvement date bien du milieu des années 90, on avait eu le groupe « Sister Queen » en 1995 avec le tube « Let me be a Drag Queen »).

Mais depuis 2022, on a une arrivée en France de manière très populaire, car à la télévision, et ça change tout. Les drags et tout le vocabulaire qui va avec ne sont plus l’apanage de quelques-uns (ce qui n’enlève rien bien sûr au bienfondé du mouvement ou de la tendance). Cela retire juste le côté crypto et signe de ralliement, même s’il est tout de même aujourd’hui le signe d’une personne alliée, et ce n’est pas rien.

Bon j’ai bien divergé, mais retenez que le compte de Max est à suivre avec des tas d’anecdotes très peu connues (de moi) et vraiment passionnantes !!

  1. « Camp à venir. Quel mot terrible. » chez Estèf. ↩︎
  2. C’est une maison d’édition créée par Patrick Cardon en 1987. ↩︎
  3. Il m’avait déjà expliqué l’expression « friend of Dorothy » pour dire pédé, en référence à Judy Garland. ↩︎
  4. Enfin pour moi, ça a toujours été ça depuis les années 90, donc un truc en français. Mais je suis en train de voir dans les paroles officielles que c’est bien « sashay shantay » donc je suis circonspect maintenant. ^^ ↩︎

Iwak #21 – Rhinocéros

Il est assez récent mais je suis très très fan de mon rhinocéros, œuvre de Chris Evans, qu’on voit en figure de proue, sur laquelle j’avais flashé. Formellement je la trouvais superbe déjà, et vraiment son style et son procédé de création me plaisent beaucoup, mais l’histoire derrière l’animal et sa représentation avait fini de me conquérir.

A l’origine, en 1974, c’est ce rhinocéros là qui est conçu par deux artistes de Boston, Daniel Thaxton et Bernie Toale, en représentation du mouvement LGBT (et sans doute plus gay qu’autre chose à cette époque).

Un rhinocéros lavande, mais pourquoi vous demandez-vous ?

« it is a much maligned and misunderstood animal » and that it was lavender because that is a mix of pink and blue, making it a symbolic merger of the feminine and masculine.
[« C’est un animal très décrié et incompris » et qu’il s’agissait de lavande car c’est un mélange de rose et de bleu, ce qui en fait une fusion symbolique du féminin et du masculin.]

Page wikipédia LGBTQ symbols

Voilà le genre de supports promotionnels qui ont alors été créés pour être diffusés notamment dans le métro de Boston pour promouvoir la Pride de 1974 de juin.

Mais voilà qu’au mois de mai, la régie publicitaire du métro annonce à l’association (Gay Media Action) que dans l’impossibilité de déterminer l’éligibilité de la publicité pour un tarif « institutionnel », on allait finalement passer de $2 à 7$ par impression. C’était impossible d’augmenter comme cela le budget, donc la pub n’a jamais été diffusée, mais la polémique a produit quelques articles de presse.

Et comme un bon effet Barbara Streisand, ce fut un déluge de rhinocéros lavande à la Pride de Boston de 1974 (t-shirts, pins, pancartes), dont une représentation grandeur nature en papier mâché sur un magnifique char ! Et depuis c’est un symbole (américain donc) important des mouvements LGBT.

Iwak #19 – Crête (Ridge)

C’est encore une vue du cirque de Mafate depuis le Maïdo à la Réunion, car c’est ce qui m’est tout de suite venu en pensant au mot « crête ». Cela m’a fasciné de faire quelques randonnées en passant presque sur ces étroits chemins qui sont juste sur le fil de la montagne, avec des pentes des deux côtés. Mais la métaphore m’intéressait plus sur le coup. ^^

Et je pense aussi à ces blogueurs qui, nativement, viscéralement, sont arrivés sur le fil, et ont parcouru un chemin de crête qui ne pouvait être qu’éphémère. Briller très fort mais peu de temps, car l’un ne va pas sans l’autre. C’est aussi d’ailleurs en cela que je reconnais ma propre médiocrité1, condition sine qua non à une certaine longévité.

Je pense à des Mennuie, Paumé, Bradshaw ou plus récemment Gauthier et Quentin, qui se racontaient entiers et écorchés, et qui par définition ne pouvaient pas continuer à se promener sur la crête les yeux bandés indéfiniment. Cela a permis pendant quelques temps de nourrir le flot fertile et renouvelé de ces histoires et anecdotes qui passionnent les foules (parce que c’est passionné, c’est du cul et c’est une bonne dose de dopamine et sérotonine dans des Internets sous Prozac).

Mais j’ai mes propres petits plaisirs non coupables, ceux qui n’ont pas forcément fait l’unanimité ou qui ne sont légion que dans mes favoris et flux de syndication, et lorsqu’ils s’éteignent je suis seul à pleurer leur disparition dans mon coin. Surtout que souvent, ça se résume à un arrêt des publications, et que je réalise leur disparition au hasard de mes errements sur la toile, ou en revisitant des anciens articles.

Mawy ou son bédéblog Koudavbine2 en font clairement partie. J’ai adoré la lire toutes ces années, mais ça fait deux ans qu’elle ne publie plus, et les dernières fois c’était en partie pour fournir les explications. Ça sent le sapin !!! Mais j’adore son blog car c’est l’antithèse du truc web d’aujourd’hui. Elle dessine à la main et elle publie les scans, c’est une goudou reloue et assumée qui tire à boulets rouges, et ça se barre dans tous les sens avec de la caricature, des anecdotes, de vrais brûlots queer et furieux plutôt bien sentis, et vachement d’humour et de dérision dans tout cela.

Je ne me suis jamais remis de ses Pokémons. ^^

Des chats bien sûr, tels qu’on les connaît bien ces suppôts de Satan !!

Mais en pleine pandémie, des adaptations nécessaires, jusqu’aux principes ACAB bien inspiré à partir d’un black bloc. ^^

Le poké Lunacup avec l’attaque « bois mes règles » si c’est pas de l’humour de Xena la guerrière ça !! ^^

(Ses chats s’appellent Greta et Perli.)

L’Ado qui évolue en Booer avec l’attaque « Ouin ouin », c’est collector. Et Nucléair en Croissansverte juste avec une fleur !!!! Mein gott. ^^

Rien à voir, mais tout à voir, je viens de réaliser que Tto s’est barré aussi !!! Il n’a rien dit et ça fait, si j’en crois l’archive de ses flux RSS, plus de 6 mois qu’il a tiré sa révérence. Nan mais tout fout l’camp j’vous jure !! Me voilà encore en deuil. 🙁

  1. Qui veut juste littéralement dire « moyen », je ne me flagelle pas. Hu hu. ↩︎
  2. Koudavbine = could have been hein. ^^ ↩︎

Pédélogie comparée

J’avais bien aimé les « 6 types of gay men » basés sur des Pokémons, mais là c’est vraiment d’un autre niveau. Et c’est tellement tellement bien vu !! Je suis ultra fan.

Au-delà des classifications bien connues des twinks, bears et consorts, là on a vraiment les professions de foi de tous les pédés de l’Univers Connu. Evidemment on peut même cocher plusieurs cases, c’est d’ailleurs conseillé. ^^

(J’ai malheureusement oublié la source exacte, même si cela vient d’Instagram. Si jamais je retrouve, j’éditerai l’article.)

Iwak #4 – Exotique (Exotic)

CHARME EXOTIQUE met-il dans sa petite annonce du magazine Gaipied de 1981 ce garçon, sans doute mauricien (c’est ce que donne le googlage ^^ ), de 29 ans qui doit avoir quelques piges supplémentaires aujourd’hui. C’est marrant d’ailleurs de constater que la plupart mettent comme cela sans problème leur adresse et leur vrai nom, mais évidemment c’était le seul moyen de l’époque pour entrer en contact : le contact épistolaire ! Comme cela paraît délicieusement suranné et une vraie bouteille à la mer, mais j’ai des témoignages, ça fonctionnait !!

Et on voit donc que le charme exotique cherche un charme européen. On peut tant lire dans cette petite annonce, et notamment de la recherche d’un mec un peu plus âge et « viril ». Ok, on te voit venir charme exotique !! Aujourd’hui, on pourrait conspuer ce genre de choses, en parlant d’exotisation internalisée pour ce pauvre garçon. Et je ne dis pas que c’est faux, je pense juste que c’est une notion complexe et subtile.

Elle est en effet parfaitement existante, visible, et bien dégueulasse dans notre environnement actuel. On peut voir à quel point les personnes racisées sont traitées sur les RSA1, et cela va justement d’une exotisation, parfois véritable fétichisme, à du rejet purement raciste. Et les deux réalités sont parfaitement dégueulasses. Mais parfois aussi, le truc est plutôt bien vécu. C’est ce qui rend la chose si ambivalente.

Je vois très bien des personnes de mon entourage par exemple qui sont blanches et ont un attrait parfaitement assumé pour les personnes noires ou magrébines. Pourtant ils sont justement militants et très versés par ce même attrait dans la lutte contre les discriminations, mais il n’en reste pas moins que la surreprésentation ne laisse pas mystère à leur goût. De même, j’ai rencontré beaucoup de personnes noires ou asiatiques qui ne sortent qu’avec des blancs, mais genre exclusivement. Avec un proche qui m’a un jour dit « Oh là là, j’aurais l’impression de sortir avec mon frère, pas possible ! ». Tout cela reste de l’exotisation, mais ça passe.

Bon tout cela ne justifie en rien les exactions de fétichisme néocolonial à la con bien évidemment. Et c’est super triste que certains tombent 3 fois sur 4 sur ce genre de rencontres, ce qu’on ne mesure pas quand on est un petit gaulois de base comme moi. D’ailleurs, comme vous le savez je suis loin d’être le petit gaulois auquel je ressemble.

Je me rappelle tout de même avoir eu un plan cul inattendu via Caramail, ça devait être entre 99 et 2001. Pour l’unique fois de ma vie, j’ai été fétichisé et exotisé à mort par un mec très beau et très con. C’est en discutant sur nos origines qu’il a commencé à tripé tout seul sur mon nom de famille, second prénom, origines banlieusardes et qu’il me posait plein de questions débiles. Genre si je portais des joggings, si je parlais comme une caillera, si je parlais arabe et plein d’autres remarques complètement ineptes (pour moi en tout cas). Je répondais à tout par la négative, et cela ne faisait que plus l’émoustiller. On a fini par se rencontrer un soir très tard (dans ces années là, il fallait habiter le 11ème, on était tous à moins de 10 minutes à pieds ^^ ), et malgré toutes mes dénégations, ce fut un plan cul comme il le voulait. Et même non circoncis, apparemment j’avais quand même « une bonne bite d’arabe ». Mouahahahaha. Il était vraiment dans sa tête le mec. Mais je suis faible, et comme il était canon, bah j’ai joué le jeu.

J’ai honte, un peu. ^^

Cela me rappelle aussi cet ami des Internets qui s’appellait « Oli(vier) ». Et un pote de pote bourré qui a une vrai fascination pour les « reubeus » avait entendu « Ali ». Eh bien, ça lui avait suffisamment chauffé les sens pour qu’il lui saute dessus. Mais comme l’autre était parfaitement consentant, pas mort d’homme.

  1. RSA = Réseaux Sociaux de l’Amour, donc les sites et apps de rencontres (de cul). ↩︎

Freak show

Dans la continuité de ce Premier Ministre qui n’est pas vraiment une surprise. Je ne peux pas dire que je suis surpris non plus de ce choix de gouvernement. Et donc, je ne crie toujours pas au déni de démocratie (puisque personne ne sort gagnant de ces élections). Je continue à me dire que nous sommes dans un pays majoritairement fasciste, et il n’y avait aucune chance d’avoir un gouvernement de gauche (qui tienne).

Donc Macron a joué son jeu favori : c’est lui qui arbitre. Si la gauche avait voulu vendre son âme au diable, littéralement, on aurait pu avoir un gouvernement macroniste grimé vaguement à gauche. C’était évidemment inacceptable, et de toute façon c’était un jeu de dupes. Marine Tondelier le dit encore bien dans cette vidéo collector : Macron ne voulait pas de toute façon changer de politique, ou à la rigueur un peu plus vers la droite.

Donc le seul choix était à droite, avec validation implicite de l’extrême-droite. Et voilà ce que ça donne…

C’est un prisme évidemment LGBT, mais il est très éloquent à mon avis. ^^ Voilà donc ce que donne ce virage à droite, qui a au moins le mérite de donner un visage sans hypocrisie et bien rétrograde au macronisme compatible avec toute la droite jusqu’au RN.

Je trouve que ça a le mérite de franchement positionner ce gouvernement, et de monter au grand jour le visage moraliste rétrograde de ce côté de l’échiquier politique. C’est aussi la responsabilité de tous ceux qui sont tentés par le côté obscur de la Force.

Emilia Pérez (Jacques Audiard)

De la part d’Audiard, on pouvait compter sur un film de bonne facture, car il y a des hauts et des bas, mais c’est vraiment le cinéaste français le plus doué de sa génération. Et j’ai vraiment bien aimé Emilia Pérez, évidemment les résultats de Cannes avait déjà donné quelques indices à ce sujet.

C’est un film français étonnant puisqu’il est hispanophone, et l’histoire se passe principalement au Mexique. En plus de cela, c’est un film de femmes et avec un prétexte queer tout à fait singulier et saisissant, et c’est un film musical, pas vraiment une comédie musicale, mais un truc proche selon moi d’Annette et sa vigueur « opératique ». Les héroïnes, Zoe Saldana, Selena Gomez et évidemment Karla Sofía Gascón, sont parfaites et merveilleusement solaires dans leurs rôles respectifs, et rien que pour elles, le film en vaut largement la peine.

On suit les péripéties d’un narco-trafiquant mexicain (Karla Sofía Gascón) qui enlève une avocate, Rita (Zoe Saldana), et qui lui demande de l’aide pour faire une transition de genre et changer radicalement de vie. Il devient alors Emilia Pérez, se fait passer pour mort, et met sa famille à l’abri en Suisse. Mais quelques années plus tard, Emilia ne tient plus et fait revenir sa famille au Mexique en se faisant passer pour une cousine du trafiquant décédé. Rita et Emilia s’associent pour lancer une association qui recherche les personnes victimes des trafics de drogue, et cette dernière tente ainsi de se racheter.

Je rapprochais donc le film d’Annette car on est sur une sorte de tragédie en quelques actes avec des intermèdes musicaux qui viennent soit relever, alléger ou rendre encore plus graves et « passionnelles » certaines scènes. Les chansons sont particulièrement réussies, et les quelques scènes musicales sont vraiment utiles à la narration, tout en ajoutant une dimension surréaliste et une mise en avant marquée des émotions des personnages. Avec la langue espagnole et ces héroïnes hautes en couleur, on est forcé (en tout cas, moi ^^ ) de faire des comparaisons avec le cinéma d’Almodovar. On retrouve vraiment des similitudes selon moi, même si ça peut paraître un peu léger.

Mais surtout le film est, comme toujours chez Audiard, remarquablement filmé, avec aussi sa dose de violence (ambiance cartels mexicains…) et d’actions qui donnent un rythme très soutenu à ces 2h10 de film. Entre cette histoire plutôt palpitante, les scènes musicales (Zoe Saldana lors de la soirée de bienfaisance est notamment un moment génial) qui sont comme suspendues dans la narration, et le jeu des trois comédiennes, on est pris et enveloppé dans l’intrigue, et le tout est fichtrement haletant.

Après sur le traitement de la transidentité, il faut en dire un mot. En tant que petit cisgenre, et comme beaucoup de me coreligionnaires, j’ai trouvé qu’Audiard, en boomer accompli, n’a pas fait de conneries énormes. Certes ce n’est pas un film pour donner une bonne image à une héroïne transgenre, mais on a une histoire qui met merveilleusement en valeur une superbe actrice trans, et on comprend parfaitement l’espoir qu’elle nourrit en faisant une transition qui est une émancipation, mais surtout une réconciliation avec son être profond et sincère.

En revanche, c’est toujours important de saisir les remarques des concernées, et j’ai mieux compris les critiques de certains et certaines en la matière. Notamment dans les deux fils de touites suivant.

https://twitter.com/illiskaa/status/1826170243342873003

Alors autant je trouve gonflé qu’on parle de « nanard » ou de film raté, autant j’ai compris et suis carrément d’accord avec le fait qu’on est dans un récit de transidentité qui est vraiment daté. Et Audiard a fait quelques grosses erreurs et maladresses en effet dans la manière dont il insiste sur la chirurgie et la transition physique, esthétique et le « devoir » de la personne trans. Clairement il me fallait un peu de jugeotte fournie par des adelphes pour le réaliser, et en effet mon cis-gaze1 rendait l’exercice difficile.

En y repensant, en effet, on est dans une situation et des modèles très proches de la série Transparent (qui date de 2014) ou encore Veneno (que j’ai tant aimé !!) qui nous place encore dans une époque où on parlait de transsexualité, et nous sommes bel et bien à l’ère de la transidentité. Il y aurait donc eu sans doute une manière plus habile et « moderne » de raconter cette histoire.

Je suis donc circonspect sur le film, car je l’ai bien aimé. Mais en effet rétrospectivement, cette vision de la transidentité désuète comment la qualifier ? Si on transposait cela à de l’homosexualité, je n’aurais aucun problème à expliquer qu’un film nous refait la « cage aux folles » en 2024. Et pourtant l’intention peut être bonne, et il ne faut peut-être pas tout jeter aux ordures ? Bref, je ne sais pas. Mais je sais que je ne sais pas. ^^

  1. La simple manière dont je vois « la vie » à travers ma situation de personne cisgenre. ↩︎